Les premiers grands cols

Après le désert, la Sierra est attendue par beaucoup de monde. Pour compléter ces quelques photos voici quelques arguments en vrac :

  • C’est la fin de la première étape symbolique du PCT, les 700 premiers miles.
  • il y fait moins chaud.
  • les paysages sont plus impressionnants (plus d’altitude) et réputés. De l’avis de tous, après quelques jours, l’expérience de la marche ici est extraordinaire.
  • les endroits traversés sont plus sauvages, sans trace de civilisation.
  • il y a beaucoup d’eau un peu partout. On a donc moins besoin d’en porter, et la vaisselle/lavage/lessive est plus simple.

La chance de faire le PCT, est d’évoluer longtemps dans ces profondes vallées, de prendre la vraie mesure de la taille de cette chaîne de montagne. L’ambiance est sauvage, la nature à l’état brut. Le classement comme parc national et le fameux statut de « wilderness » inscrit dans la constitution américaine fait qu’il n’y a quasiment aucune trace humaine ou agricole dans ces régions. John Muir, naturaliste d’origine écossaise du 19ème siècle, a beaucoup œuvré en découvrant et protégeant ces contrées. C’est l’un des premiers écologistes, et l’un des premiers penseurs naturaliste, dans la lignée des Whitman et autres Thoreau. Un chemin porte son nom : le John Muir Trail. Il se confond avec le PCT entre le Mont Whitney et Tuolomne Meadows.

Il n’y a plus de glaciers, mais on en retrouve les traces partout : vallée arrondies, moraines, lacs…

Il est recommandé de ne pas attaquer la Sierra trop tôt dans la saison, pas avant le 15 juin. Même à cette date, comme en Europe, les cols élevés, côté nord surtout, sont encore couverts de neige. Le premier col de la Sierra est le col dit « Forester pass », en souvenir d’une équipe de forestiers, passés par ici au 19ème siècle. Il culmine à 4000m. L’entrée en matière est donc assez indigeste, surtout enneigé. Malgré la raideur de la pente qui en fait un col redouté, le chemin est très bien tracé. Il subsiste simplement, côté sud, un névé qui ne demande qu’à se faire happer par le couloir qu’il domine. Le chemin passe en plein dessus, mais de belles traces profondes m’assurent une traversée sereine de ce passage exposé et délicat.

A la période favorable, le col reste praticable pour le randonneur sans trop d’équipement d’alpinisme spécifique. Certains marchent avec des piolets et crampons légers. Mais cette année est particulièrement facile, la neige a déjà bien fondu. En 2017, de nombreux PCTers ont du faire demi tour ou éviter certaines zones, à cause des rivières en crue, des tempêtes de neige en plein été, et des passages de cols encombrés par la neige et la glace. Tous les ans, certains attaquent la Sierra avant la mi-juin, et beaucoup renoncent. Cette année, ce n’était pas un problème, même les premiers randonneurs ont été peu ralentis par la neige. La face nord du col, aussi raide que la face sud, est couverte de neige mais n’est pas impraticable.

Un terme désigne bien l’une de ces difficultés à progresser : le « postholing ». Avec la chaleur qui monte dans la journée, la neige se transforme, ramollit. Quand on passe certains névés (neige résiduelle) trop tard dans la journée, chaque pas est incertain, et même en passant dans les traces déjà faites. Il peut ainsi arriver de passer à travers la croûte de neige dure, et de s’enfoncer jusqu’à la taille à chaque pas ! De fait, il est conseillé d’attaquer les cols tôt dans la journée, de les passer avant 10h, pour éviter d’être ralenti, de se fatiguer, et également les avalanches de printemps.

Les distances entre les points de ravitaillement se rallongent, les points de sortie possible du pct s’espacent et se compliquent : Pour rejoindre la ville hier, il fallait passer un col à 3800m, et marcher 12 km, puis faire du stop. Se ravitailler dans la Sierra « coûte » 3 jours. Pour cette raison, il faut être concentré sur son ravitaillement et ses capacités physiques, ne pas « forcer ». La consommation de nourriture est assez difficile à régler, particulièrement dans la Sierra. Ne pas prendre trop pour ne pas s’alourdir, mais prendre assez pour rester en sécurité. En fonction de ses goûts, de la température, de la forme du moment, du kilométrage et dénivelé journalier, elle évolue considérablement, en qualité et quantité. C’est un des points les plus délicats à gérer. Nombreux sont ceux qui ont perdu 10kg depuis le début du PCT. La difficulté est de ne pas trop maigrir !

Le climat change avec de l’altitude. Il faut plus frais la nuit (vers 0 degrés) et le matin, doux voire assez chaud pendant la journée. Le corps doit s’adapter à ce changement de température et d’altitude, il faut lui laisser le temps. Nombreux sont ceux qui accusent des vertiges, maux de tête, infections diverses. Rien de très grave. J’ai personnellement passé 3 jours dans les vapes après Kennedy Meadows, ça va beaucoup mieux depuis. L’avantage du marcheur du PCT est d’être bien préparé pour ces variations, il marche déjà depuis 1000 kilomètres a des altitudes diverses, certes moindres. Il s’adapte vite.

Les marcheurs à la journée ou sur le John Muir Trail que l’on peut croiser à cet endroit de la Sierra sont pour la plupart moins bien préparés physiquement et mentalement. Ils sont souvent moins bien équipés, c’est à dire plus lourds. On remarque vraiment la différence de vitesse et de fraîcheur physique ! La différence de look est notable aussi. En caricaturant, clochard/hippie pour le PCTer, tout propre sorti du magasin pour le JMTer. Ça reste super sympa de croiser ces marcheurs, presque toujours toujours enthousiastes et ouverts.

Le John Muir Trail se confond pour les 2/3 avec PCT. C’est un chemin mythique, le plus réputé aux USA. Un peu l’équivalent de notre GR20, en plus long et plus sauvage, mais en moins technique et vallonné. Plus haut, mais aux dénivelés largement inférieurs. Il s’étend sur 340 km, et parcourt les plus beaux endroits de la Sierra Nevada, à travers plusieurs parcs. A l’inverse du PCT, il va traditionnellement du Nord au Sud, du parc du Yosemite au mont Whitney, jamais en dessous des 2000m d’altitude. Il est nommé d’après le naturaliste écossais John Muir et fut imaginé à la fin du 19ème siècle. C’est une vraie chance de pouvoir le parcourir grâce au PCT, car comme pour le mont Whitney, la demande est forte et les permis sont difficiles à obtenir.

Un reportage montre bien les paysages rencontrés. Il retrace le record établi par François D’Haene en 2017, pour le modique temps de 2 jours, 19 heures, 26 minutes, lien ici. Pour comparaison, à mon rythme de larve, je mettrais sans doute 13 jours pour une telle distance !!

La suite du chemin prévoit le passage de pas moins de 7 cols au delà des 3500 m d’altitude, sans autre échappatoire possible que la fuite en avant ! Et paraît-il, tous sont plus spectaculaires les uns que les autres. Ça promet.

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