Froid devant

De Bend à Hood River

La sortie de Bend est difficile. Une mauvaise nuit, une logistique compliquée pour rejoindre le Trail et la fatigue de la digestion rend le retour assez pénible. Cette impression est accentuée avec un froid assez marqué, autour des 5 degrés, renforcée par le vent. Cette journée sera sans doute la plus fraîche. Doudoune et veste de pluie couvrent ma chemise. Je peux compléter cela avec une première couche en laine si besoin. J’utilise aussi un collant de running pour les jambes. Je peux le compléter par un pantalon de pluie, coupe vent. Je ne suis donc pas au maximum de ma protection, j’ai encore un peu de marge.

Un petit vent frais s’invite, et les températures peinent à se lever, à cause d’un soleil bien voilé. Tout cela se dégagera l’après midi, mais le temps restera bien frais, en particulier pendant la nuit, ou le gel n’est pas loin. Heureusement, il n’y a plus de fumée d’incendie, la visibilité est bonne. Les nuages jouent cependant avec les pics des volcans alentours. Les monts Jefferson, Washington, Sisters, Three Fingered Jack, flottent dans les brumes. Je suis reparti avec Rick, qui fait le même constat de fatigue. La dernière nuit à l’auberge de Bend fut difficile. La digestion d’un gros steak, les ronflements et le stress du réveil pour ne pas louper le bus de Sisters m’ont gâché le sommeil.

Nos trail angels du jour, qui nous conduisent de Sisters au chemin.
La légende du Yeti (aussi appelé Big foot, ou Sasquatch) à la vie dure ici.
Plusieurs personnes, dont des hikers cette année, prétendent l’avoir aperçu.
Three Fingered Jack
bivouac avec vue sur le Mont Jefferson
Mont Jefferson

Les jours suivants, heureusement, le vent se fait timide et un beau ciel bleu domine. Les températures se réchauffent progressivement, permettant de se réchauffer pendant la journée. Même si les nuits restent fraîches. Il y a des glaçons dans mes bouteilles d’eau, le matin. Pour protéger mon filtre à eau et mes batteries, je les mets dans mon sac de couchage pendant que je dors.

La nuit, dans la forêt, il reigne un calme troublant. Le silence est presque total. Qui a dit qu’une forêt était toujours bruyante ? J’ai maintenant mes repères de bivouac solo. À plusieurs reprises, je passerais des nuits formidablement réparatrices dans cette ouate où rien ne filtre, où le froid fige tout. quand pas un bruit ne vient perturber la nuit. De quoi repartir en forme le matin, prêt à avaler mes 40 km quotidiens, et profiter de ce beau temps retrouvé.

La forêt laisse parfois la place à quelques lacs. « Timothy lake », par exemple, est particulièrement grand, et fréquenté par les américains en congés. Il est agréable de retrouver un peu de civilisation, après ces heures de forêt solitaire.

Timothy Lake et Little Crater Lake.

A l’extrémité du lac, il est possible de faire un petit détour pour visiter « Little Crater Lake ». Il s’agit d’une source, dont le fond c’est effondré d’une vingtaine de mètres. L’eau, bleu lagon, est aussi limpide que froide. Bravant l’interdiction de s’y baigner, mes collègues de trail australiens piqueront une tête dans une eau à 10 degrés qui ne me donne pas du tout envie de les imiter.

Little Crater Lake. Les Thru Hikers Australiens, sur la droite de la photo.

Rapidement, après Little Crater Lake, qui jouit d’une petite notoriété, le chemin retrouve son calme. La forêt est dense, majestueuse, parfois coupée de pistes forestières, routes secondaires, et lignes à haute tension insolites. Elle passe dans la réserve Indienne de Warm Springs. Visiblement, il y a quelques loups, en complément des ours, dans la région. Mais le chemin est sans histoire, le relief relativement plat facilite la progression. Certains profitent de cette configuration pour établir des records de distance, dont le « 60 miles challenge ». Le but est de marcher 100 kilomètres en moins de 24 heures de marche. Certains relèvent le défi pour casser la monotonie de la forêt. Je ne risque pas mon PCT sur ce genre de défi idiot, et conserve ma régularité.

Loup ou Coyote ?
Le PCT passe dans la réserve indienne de Warm Springs
Bear Squat

Soudain, le mont Hood apparait d’un coup, massif, émergeant de la végétation, entre deux pins. Si les volcans de l’Oregon sont majestueux, et celui-ci l’est particulièrement. Une station de ski est même installée sur ses flancs. En Europe, peu de paysages proposent un sommet en forme de pyramide enneigé, solitaire, émergeant d’une forêt de conifères.

l’énorme silhouette du Mont Hood – face sud
Mont Hood – Satellite
Mont Hood – face nord

J’arrive à Timberline Lodge se fait sous un soleil magnifique. Cette énorme bâtiment est accroché au versant sud du mont Hood. C’est un étonnant mélange d’hôtel, de station de ski, d’alpinisme, musée, restaurant. Ils proposent un buffet pour le petit déjeuner, étape qui figure parmi les incontournables du PCT. En fait, malgré le décor grandiloquent, les nappes et les uniformes du personnel, la qualité de la nourriture n’est que très moyenne pour des standards français. Mais la quantité et la diversité est là pour compenser l’appétit du Thru Hiker, y compris le gaulois difficile.

Le bâtiment, en lui même, est beaucoup plus intéressant. Construit pendant le New Deal, dans les années 1930, il faut un des nombreux chantiers d’état lancés par Roosevelt pour relancer l’économie. La salle principale est particulièrement intéressante avec sa cheminée centrale et ses proportions inhabituelles. Le lieu est aussi renommé parce que quelques scènes du film « The Shining » de Stanley Kubrick ont été tournées dans les couloirs de l’hôtel. Le bois brut côtoie le cuir et le fer forgé massif. Dehors, un festival de musique a lieu le même jour de notre passage, avec des concerts en plein air dans l’amphithéâtre à proximité. En ce dimanche après-midi, le lieu est noir de monde.

Grégoire, Rick.
défonçage de buffet au Timberline Lodge

Puis suivent 2 jours de marche sur les contreforts du volcan, sur des crêtes dégagées, en forêt, pour rejoindre Cascade Locks et Hood River. Ces deux villes sont construites sur la rive gauche du massif fleuve Columbia, côté Oregon . Elles font face au Washington, le dernier état que traverse le PCT. Le fameux pont « Bridge of the Gods » fait la jonction. C’est une étape importante du PCT : psychologique, symbolique.

Sur la cendre du Mont Hood
l’eau de fonte du glacier du Mont Hood.
Ramona Falls, une superbe chute d’eau, et un adorable ruisseau, non loin du PCT.

Hood River est une ville très ventée, au bord de la Columbia river, près des montagnes, et, comme Bend, résolument tournée vers les sports d’extérieur. C’est un des hauts lieux du Kitesurf et Windsurf aux États Unis. Je me devais donc d’y faire étape, voire naviguer un peu si possible.

Malheureusement, le cours des choses en a voulu autrement. Une douleur persistante à la molaire me contraint à une consultation chez le dentiste. Une infection carabinée en pleine brousse serait malvenue, et hood River est la dernière « grande » ville sur mon parcours. J’avais déjà eu le même problème du côté droit. Ce genre de douleur pompe l’énergie et provoque une faible fièvre persistante, le truc traînait depuis 2/3 semaines. Devant la réactivité de l’assurance, et la compétence du dentiste, je décide de me la faire enlever sur place. Cela réglera le problème et mettra dans de bonnes conditions pour boucler le Trail, malgré le temps perdu.

Tout se passe bien, et 2 heures plus tard, je me retrouve en ville à essayer de repenser tout mon régime alimentaire pour la prochaine semaine : plus de sucre, de nourriture dure ou à mâcher. Purées, soupes et compotes au menu. Dur de retrouver les 5000 calories quotidiennes demandées par le Trail. D’autant plus mon état relativement shooté par l’anesthésie et les anti douleurs Heureusement, je loge dans un Air B&B plutôt accueillant, je peux m’y reposer et la propriétaire m’aide notamment à déshydrater de la soupe. Je m’occupe donc du ravitaillement pour la prochaine étape jusqu’à Trout Lake, mais aussi les étapes suivantes, qui ne disposent pas de supermarché décent. Je prépare donc des boites que j’envoie à 5 points de parcours différent, avec un régime qui revient progressivement à la normale.

Je ne sais comment je vais encaisser l’opération et le changement de régime alimentaire les prochains jours, mais il faut repartir, pour être au Canada avant octobre. Pour couronner le tout, la pluie s’invite et, la veille de reprendre la route, mon brûleur à gaz cassé au niveau du filetage. Je préfère que cela arrive ici plutôt qu’au milieu d’une étape… mais je dois aller en racheter un à hood river. Une demi journée supplémentaire de repos de gagnée, mais d’avancée sur le trail de perdue. Peu importe, c’est comme ça, et de retour sur le chemin, tout se simplifie.

J’ai simplement le petit regret d’avoir laisser filer Rick et Grégoire, un Français de Nantes rencontré il y a quelques jours, on commençait à faire une bonne petite équipe, et une bonne compagnie le soir au bivouac.

Peu importe, je ferais la connaissance d’autres marcheurs, voire retrouverais des vieilles connaissances. Classique sur le PCT.

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