Le Trail reprend des couleurs (et moi aussi)

Shasta, Etna, Seiad Valley

Shasta annonce l’entrée dans les « Trinity Alps » et préfigure la chaîne de montagnes des « Cascades ». C’est un avant goût géographique de l’Oregon et Washington, états sur lesquels le massif se développe.

Castle Crags

Malgré une brume tenace, la montagne se montre un peu plus que d’habitude. Je retrouve le granit gris de la Sierra et découvre les aiguilles de « Castle Crags ». Je savoure cette récompense visuelle d’autant plus que j’en ai été beaucoup privé ces derniers temps, entre forêt et purée de pois. Des falaises de granit portent on ne sait comment le chemin, les sapins s’accrochent à la paroi, qui se perd dans le néant. On est presque plongé dans une estampe d’Hiroshije. Le chemin grimpe pas mal, 800m de dénivelé positif, mais c’est vraiment une belle journée. Le bivouac du soir est une chambre avec vue sur la chaîne de Castle crags.

Les guêpes ont remplacé les moustiques. Elles sont moins nombreuses, mais redoutables : 3 piqûres en 2 jours. Elles m’accompagnent depuis le désert, mais ici, elles piquent sans raison particulière.

Côté rongeurs, les chipmunks ont remplace les marmottes. Sortes de petits écureuils, ils sont partout et sont en général assez craintifs. Sauf les autochtones des coins de bivouac, qui ont compris ce qu’ils pouvaient tirer des humains. Ils s’approchent alors assez, voire très près. Le scénariste de l’âge de glace a du faire un tour dans le coin, avant de créer son emblématique Scrat.

Des passages dans des roches rouges alternent avec le gris. La montagne prend de l’amplitude. Le chemin s’accroche à la paroi suit une course parallèle aux crêtes.

C’est ce que je préfère : le ravin en dessous, les arêtes au dessus, et le chemin de 40cm de large qui s’étire, à perte de vue. Le sentiment de marcher sur une fine étagère accrochée au flanc de la montagne, pendant des heures. Le PCT est un chemin à l’inclinaison très progressive, parfaitement dégagé : la progression y est particulièrement fluide, et renforce le sentiment d’apesanteur.

La musique du trio de jazz de Marc Perrenoud accompagne tout cela parfaitement. La batterie chirurgicale de Cyril Regamey évide de tomber dans la musique d’ascenseur, grâce à un tempo fascinant de rapidité, de précision et de variation. Il donne vraiment l’impression de jouer sous stéroïdes, mais sonne toujours très juste. Ce groupe me transmet une belle énergie, sans jamais me lasser. Réservé aux oreilles habituées cependant.

La veille d’arriver à Etna, le vent s’installe pendant la nuit. La forêt, merveilleux système d’isolation, de régulation de la température et des intempéries, me protège. Les cimes sont malmenées, mais le flux ne parvient pas au sol. Quand le soleil tape, la forêt conserve sa fraîcheur. Le lendemain, le temps est clair, le ciel est bleu et je déguste un chemin au dessus de la fumée. Le vue porte loin, le sommet de l’imposant volcan Mont Shasta se dévoile, au loin, dans un soleil radieux.

Le sommet du Mont Shasta, au loin.

Dominique

Je fais la connaissance de Dominique, ci-dessus, un sculpteur ébéniste et menuisier québécois. Il fait le PCT pour la quatrième fois. Il a aussi à son palmarès le Continental Divide Trail, et l’Appalachian Trail. En fait, dans l’année, il travaille 6 mois, et marche 6 mois. Un type humble, profond, comme beaucoup de marcheurs du PCT. Il est passionné d’histoire et de philosophie, et vit très simplement. Une jolie rencontre, que je perdrais de vue après Etna.

Rick, a ma gauche

Autre belle rencontre, celle de Rick. Il est américain, du Colorado mais vit maintenant retraité au Costa Rica. Il fait le PCT pour la première fois. Ne pas se fier à son look alternatif : sa particularité est qu’il a 75 ans, et qu’il enfile les journées de 40 km avec une régularité d’horloge suisse, et une aisance de jeune homme. C’est en fait un ancien champion de course à pied, coach sportif et avocat. En courant, il a fait toutes sorte de compétitions, des petites distances aux ultras trails en montagne, comme la Leadville 100 : 160 km impitoyables, d’une traite. Proche d’un niveau professionnel, il courait ses marathons en 2h30. Passionné de littérature, d’histoire et de philosophie, il est resté jeune également dans sa tête. Nous partagerons plusieurs bivouacs, et sections de chemin. J’ai aussi fait le PCT pour rencontrer ce genre de personne.

j’arrive finalement à Etna. C’est une petite ville sympathique, au pied des montagnes. J’y retrouve à nouveau la bande des 6, avec qui j’ai décidément le même rythme. Rick également. Le temps de ravitailler, un bon restau (rare), une nuit dans le jardin d’une petite auberge, et nous voilà repartis.

Le temps est plus frais, mais cette fois-ci complètement dégagé. Quel plaisir d’évoluer enfin dans de l’air pur, des couleurs vives, des contrastes nets, une lumière franche. Ça valait le coup d’attendre. Les reliefs sont aussi plus marqués, et malgré quelques forêts brûlées, les paysages sont superbes.

Mais assez vite, on replonge en forêt, l’air se réchauffe, et la fumée revient. Seiad Valley est un des points les plus bas du PCT, à 500m d’altitude seulement. C’est le dernier lieu de ravitaillement avant l’Oregon, dont la frontière est a 50km. Pour fêter ca, je me gave de mûres, qui arrivent juste à maturité au bord de la piste qui mène à la petite localité.

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