10 conseils aux futurs PCT-istes

Les échanges que j’ai depuis quelques semaines grâce à ce site sont très enrichissants. Notamment avec les futurs candidats à cette belle aventure. Voici un résumé des recommandations que je leur donne :

1. Ne pas sur-préparer.

Du « trail magic » annoncé près de Elk Lake, Oregon. Rester ouvert à l’inattendu.

L’écueil est classique. Prendre cinq mois à l’étranger implique naturellement une organisation précise, ne serait-ce que pour préparer la logistique de ce que l’on laisse en France. Marcher une demi-année en pleine nature ne s’improvise pas. Mais il ne faut pas exagérer en passant des semaines à lire les forums, parcourir des revues de matériel, les livres et des blogs de vétérans. Il me paraît important de conserver une fraîcheur de regard et de découverte sur cette aventure pour en profiter pleinement. Si vous projetez de faire le PCT, faites vous la promesse intime de donner le maximum pour atteindre votre but. Puis, ne lisez que le strict minimum avant de partir. Et arrêtez de lire ce site après cet article.

2. Le matériel n’a que peu d’intérêt.

Suffisant pour cinq mois.

Avant de partir, beaucoup lui consacrent trop de temps, d’importance, de budget. Moi le premier. Certes, c’est un élément important pour apprécier cette marche. Mais il n’est qu’un outil, que l’on oublie bien vite quand on est sur le chemin. Pour préparer son sac, il suffit de s’inspirer des innombrables listes que l’on trouve sur les sites spécialisés, puis l’affiner en fonction de son expérience, et la croiser avec ce que l’on possède déjà. Et il est toujours possible de changer ou compléter son équipement en chemin. La chasse au grammes est intéressante, mais elle n’est pas une fin en soi. Le PCT offre bien plus que le plaisir d’étrenner son matériel rutilant. La réalité est que généralement, les gens se satisfont de ce qu’ils ont emporté, en majorité. La seule exception étant peut-être les chaussures. Et encore.

3. Ecrire tous les soirs.

Quelque part, sur le groupe Facebook du PCT.

La mémoire est ainsi faite qu’au fil des mois, elle occulte certains détails qui sont pourtant savoureux à postériori. Écrire est un rendez vous avec soi même le soir, et force à tirer le meilleur d’une journée. Les pensées filent, il faut les attraper au vol avant qu’elles ne disparaissent. Écrire est aussi un merveilleux moyen de créer du contact et des discussions avec ceux qui restent en France. Écrire est un muscle qui se renforce avec la pratique. La régularité est la meilleure antidote à la procrastination. Car à la fin d’une journée de 10h de marche, il est parfois difficile de s’y mettre…

4. Prendre des photos inesthétiques.

Empty et Sparrow, près de Woody Pass, Washington.

Prendre des photos des gens, des bivouacs, du quotidien. Car si la photo peine à révéler les émotions d’un instant face à un paysage, elle excelle dans la fixation des petites choses insignifiantes qui font le sel de ce chemin. Une fois rentré, elles prennent toute leur valeur.

5. Partager son aventure.

solitude et connexion

Publier ses expériences est le meilleur moyen de prolonger de belles rencontres, une fois rentré en France. Donner envie, transmettre des réflexions, partager des idées, même après le PCT. Sortir de son cercle de connaissances. Le petit cap psychologique à passer pour sortir partiellement de son minable anonymat vaut le coup.

Pour ceux qui n’ont pas la possibilité de vivre ces aventures, un blog est une façon de voyager en restant chez soi.

6. Marcher à sa manière.

Famille heureuse, Sierra Nevada, Californie.

« Hike your own hike » disent les américains. Le PCT est l’un des rares moment de la vie où il y a peu d’autres contraintes que celles que vous vous êtes fixées. Affranchissez vous des dictats de certaines tendances, comme la marche ultra légère excessive. N’écoutez pas les gens qui vous disent de marcher plus vite, moins vite, seul, en groupe, plus léger, vers le nord, le sud, en sections ou d’un seul tenant. Prenez les conseils constructifs, mais décidez vous mêmes. Concentrez vous sur ce que vous pouvez contrôler, et acceptez ce que vous ne pouvez pas. Le plus important est de profiter au maximum de ce que le PCT peut offrir : la liberté. La vie normale nous poursuit suffisamment avec ses jugements et masques sociaux pour ne pas en profiter pour s’en affranchir, le temps de cette petite parenthèse.

7. Apprécier le moment présent.

Benson Lake, une plage paradisiaque en pleine montagne. Sierra Nevada, Californie.

« Carpe Diem » disent les latins. Vu de France, cette marche paraît longue. Mais sur place, il faut savoir enchaîner de grosses journées pour espérer atteindre le Canada avant la neige. Cette quête peut faire oublier tout le reste. Le PCT peut aussi se transformer en une course contre les autres : les marcheurs que l’on côtoie impriment un rythme que l’on a tendance à vouloir suivre.

Or la performance n’est pas la seule façon d’envisager ce chemin. Accepter de laisser d’autres partir devant peut être une frustration, mais s’écouter est bien plus sage. Le risque est de se laisser prendre dans le jeu des kilomètres et de la compétition. Notre capacité à apprécier les belles choses du chemin est fragile.

Parfois, il est bon de s’arrêter discuter avec des gens sympathiques.

Parfois, un lac propose une baignade qu’il ne faut pas refuser.

Parfois, un beau matin invite à ne rien faire.

Parfois, une curiosité locale impose un petit détour.

Parfois, un joli bivouac peut nous faire interrompre une journée à 16h.

Un poème magnifiquement mis en musique par Brassens, évoque à sa façon ces rendez-vous manqués :

« Chères images aperçues

Espérances d’un jour déçues

Vous serez dans l’oubli demain

Pour peu que le bonheur survienne

Il est rare qu’on se souvienne

Des épisodes du chemin »

Antoine Pol

8. S’informer sur les écosystèmes.

Exposition d’un centre de Rangers, près de Old Station, Californie du Nord.

La faune, la flore, la géographie et l’histoire sur le PCT sont riches. La moindre des choses quand on voyage est de connaître l’identité de ses hôtes. L’ignorance des marcheurs sur ce thème est abyssale. Je regrette de ne m’y être pas assez consacré. S’intéresser à ce que l’on observe est un bon moyen de ne pas subir l’usure mentale des kilomètres, et de mieux respecter ce qui nous entoure.

9. Aimer marcher seul. Beaucoup.

Un camarade, au loin dans les paysages de savane de Hat Creek, Californie du Nord

Cela paraît évident. Mais nombreux sont ceux qui souffrent de la solitude, une fois partis. C’est l’une des principales cause d’abandon après quelques semaines. La marche ne leur apporte pas ce qu’ils imaginaient. Même en couple, ou en groupe, des écarts se créent dans la journée. Le PCT est impitoyable. Nous nous croyons entourés, mais quand les choses se corsent, on se retrouve seul. Comme dans la vie ?

10. Jouer le jeu du mental.

Le cerveau a cette capacité phénoménale à inventer tout et n’importe quoi pour ne pas sortir de sa zone de confort. Sa résistance au changement, à l’inconnu est si forte qu’il vous poussera dans vos retranchements : résistance à l’ennui, à la routine, au stress, à la peur, au mauvais temps… Marcher le PCT est une expérience si exigeante qu’elle ressemble à une profession, après quelques semaines de marche. Un sport de haut niveau, avec ses émotions fortes, mais aussi sa discipline. La réalité dépassera certains rêves. Mais il faudra aussi supporter ces moments de vide, inévitables. Quand le temps est terne, que les paysages manquent de spectaculaire, que tout paraît banal, que les jambes crient pitié, il faut apprendre qu’ils sont nécessaires pour mieux révéler, par contraste, les moments exceptionnels. La Vertu, au sens d’Aristote, est justement cet art de l’équilibre entre les extrêmes :

Que le bonheur est impossible sans peine.

Que le noir n’est rien sans le blanc.

Que le beau temps n’existe pas sans la pluie.

Que la blessure nous apprend à faire attention à notre corps.

Que le Yin a besoin du Yang.

Lire à ce sujet cet article peut être utile pour ne pas trop idéaliser une expérience qui comporte en elle-même ses propres contradictions. Et éviter ainsi d’être déçu une fois sur place, en ne trouvant pas les chimères que l’on est venu poursuivre.

Indian paint brush et granit, Californie

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