Les vacances, enfin.

Cette étape a beau être doublée, elle n’en reste pas moins courte. Je maudis encore les colporteurs de malheur, annonçant la difficulté de cette partie nord sentier nord. La réalité est que malgré le dénivelé, le kilométrage est très faible et permet, en étant rapide, de couvrir deux étapes en peu de temps.

Vache impassible

Cela devient une habitude : une jolie montée dans une vallée resserrée et pentue, qui se termine par une grimpette dans un cirque encaissé.

Le refuge de Ciuttulu di i Mori domine idéalement cet amphithéâtre de roche sombre, la rhyolithe , protégé par la stature des monts environnants. Les corses semblent mettre autant d’application à rendre leur géographie imprononçable, qu’a tracer des chemins dantesques. Les américains pêchent, à l’inverse, par excès de simplisme, à coups de « White water river », de « Glacier peak », et de « Gladys lake ».

Avec les bretons, Guillaume surtout, nous nous vengeons de l’accueil moins que passable des gardiens de refuges en leur déformant leurs dénominations topographiques avec autant d’enthousiasme que notre imagination nous l’autorise. « Carozzu » devient ainsi Caruso et « Ciuttulu di i mori », Michel Colucci. On plaisante avec nos moyens. Sur le moment c’était drôle, en l’écrivant plus du tout. Les mystères de l’humour et l’importance du contexte.

Passé le refuge que je ne renommerai donc pas, nous attend un col et une descente traîtresse jusqu’à la bergerie de Ballone, qui nous a été recommandée par un marcheur croisé la veille. J’y arrive pour l’heure du déjeuner.

Une fois n’est pas coutume, le service est parfait, l’accueil très sympathique et le bivouac près de la rivière idyllique, avec ses bassines naturelles ensoleillées invitant à la baignade. Après ces étapes marathon, je prends un plaisir assumé à passer une après-midi à ne rien faire. J’écoute la grande Rokia Traore qui a réussi le petit miracle de retranscrire ces moments de relâche, dans cette chanson merveilleuse. Comme je n’ai pas la sagesse du Budda, je m’occupe un peu : mettre à jour mon journal, faire un grand lavage, un grand séchage, et discuter avec mes voisins de bivouac. Même la pluie renonce à doucher ce bon moment. Les vacances, quoi.

Le menu du soir est délicieux, l’ambiance est conviviale dans le petit chalet, et j’offre une tournée générale (ou deux, je ne sais plus trop). Les bretons ne sont pas sectaires, ils acceptent le vin corse sans rechigner. Ils sont à cours d’argent liquide, donc de boisson. Je ne puis décemment laisser des collègues dans le besoin. D’ailleurs, « un breton qui ne boit pas est un espion », dit le dicton.

La soirée se prolonge et je me couche tard : 21h. En plein sommeil, vers minuit, un bruit près de ma tente me réveille. Le panier repas de petit déjeuner est posé sous l’abside, et je me dis qu’il a du attirer quelque bestiole chapardeuse. Je rentre la nourriture et me rendors. Le pire animal qui puisse sévir la nuit en corse, c’est un renard un peu facétieux. Après les ours de 300 kg de l’Oregon, inutile de préciser que mes nuits ne sont pas vraiment troublées par l’angoisse. J’ai sous estimé le rouquin, car quand je me lève à l’aube, il me manque une chaussure. Ce salopard est reparti avec une de mes baskets dans la forêt !! Il va m’obliger à retourner en ville à cloche pied acheter une paire de secours ! En cinq minutes, je me fais tous les scénarios dans la tête.

Heureusement, le sondage des alentours donne assez vite satisfaction. Comme je l’espérais, le canidé n’a pas apprécié le goût du caoutchouc, et l’a abandonné dans sa lamentable retraite. En chaussettes, je retrouve ma chaussure droite à 5 mètres de la tente, avec un soupir de soulagement.

Il est 6h, je vais pouvoir repartir sans encombre vers Asco.

un commentaire

  1. Salut Dam

    Je ne savais pas que tu partais faire le GR 20. Vu les commentaire que tu laisse sur les différent blogs des français sur le PCT, je te voyais plutôt devant un clavier (de PC).

    Sympa le GR20 ??? (en fait .. pas encore tout lu tes articles) Je devais le faire cette année, mais les circonstances ont fait que je suis parti sur le Chemin de Stevenson en mai.

    On on pourra discuter de tout cela avec Viggo autours d’un verre quand vous serez tous rentrés.

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