Course contre l’orage

Le refuge d’I Paliri
Le bivouac d’I Paliri

La motivation est là, ce matin à I Paliri. Quelques lampes frontales percent la nuit, la toile translucide de ma tente et le voile de mon sommeil. J’ai mis le réveil à 4h, et après un petit déjeuner copieux, je quitte le refuge dans un noir parfait. J’ai quelques doutes sur ma capacité à suivre ce GR si accidenté avec ma seule lampe frontale. Finalement, le chemin est assez facile à suivre. A force de piétiner la végétation, la terre n’est plus retenue et ruisselle à chaque orage, découvrant un sentier chaotique de pierres blanches qui luisent sous mon faible faisceau. Ma frontale est l’une des dernières pièces de mon équipement que je dois mettre à niveau : elle éclaire mal, est lourde, n’est pas rechargeable et consomme beaucoup. Depuis le temps que je me le dis…

Alors que j’arrive à la brèche (col) de Finosa, le jour se lève et j’ai pris un gros rythme.

Je rejoins vite Bavella, et ses fameuses aiguilles. Par une variante du GR, le « chemin » monte droit dans la pente. A vrai dire, c’est plus une marche d’approche que de la randonnée.

La « montée » de Bavella

La pente est sévère et quelques passages demandent de mettre les mains. Je me félicite de ne pas avoir dormi à Bavella la veille : l’itinéraire est quasi impossible à suivre de nuit, le balisage est très discret. J’aurais pu suivre mon GPS, mais par 40 degrés de pente, dans les éboulis, ce n’est pas pratique.

La montée est traîtresse, j’arrive en nage au sommet. Suit un itinéraire le long des crêtes que l’on ne peut qualifier de chemin. La concentration est constante, c’est vraiment casse gueule au moment de passer les barres rocheuses.

Belle entrée en matière, un avant-goût du Nord, qui, aux dires de tous les marcheurs que je croise, est dans la même veine. Cela promet. Le problème des chemins fréquentés est qu’il y a toujours quelqu’un pour te donner sa « Vérité » du chemin. Mais chacun a sa propre vérité. Alors, je ne demande plus comment est la suite à ceux que je croise. Je me fie à mes perceptions et apprécie les ressorts de la surprise.

Forcément, avec ces chemins de crête, le rythme ralentit, j’apprends à accepter un rendement au kilomètre minable, même si j’explose consciencieusement les temps indiqués sur le topoguide officiel. La variante de Bavella fait aussi gagner du temps sur le tracé classique. Mais elle casse les jambes.

Quand j’arrive au refuge d’Asineau, bien entamé, il est déjà 10h30. Entre temps, j’ai rejoint mes deux compères de l’avion Thomas et Hervé qui se sont perdus dans le noir de la montée de Bavella. 1h30 a retrouver leur chemin. Pourtant, Hervé a un GPS. Va comprendre ?

Le « chemin » vers la col « stazzunara » est retors à souhait.

Le col de Stazzurana. Hervé, a gauche.

Le refuge d’Asinau, en contrebas

Je commence à comprendre comment ce GR est tracé : droit dans la pente, et aucun lacet. C’est officiel : celui qui a défini le parcours est un vicieux, avec l’envie de dégoûter ceux qui l’empruntent. Ou plutôt, de tester leur patience. En fait, il s’agit certainement de sentiers utilitaires, utilisés naguère par les bergers et leurs mollets en bois. pas vraiment adaptés aux cuisses de grenouilles des citadins.

Arrivé en haut de ce bel exercice d’humilité, j’ai deux choix :

⁃ continuer par les crêtes, direction le refuge d’Usciolu, à 4h de là.

⁃ Ou redescendre sur le plateau en restant sur le GR20 officiel.

Les nuages noirs qui barrent l’horizon décident à la place. Marcher sur une crête par temps d’orage, c’est un peu jouer le rôle de paratonnerre ambulant. Thomas et Hervé, que j’ai rattrapé, optent pour la même stratégie, à contrecœur : ils ont réservé leur nuit au refuge d’Usciolu, et leur étape se rallonge mécaniquement de deux heures. Je me félicite de ne rien avoir réservé : la liberté de m’adapter aux éléments est précieuse.

Alors que nous nous dirigeons vers la bergerie de I Crocci, une petite pluie intermittente accompagne les coups de semonce de l’orage approchant. Nous hâtons le pas et, tout juste arrivés, une pluie tropicale s’abat sur la petite ferme. Un groupe de touristes marcheurs québécois s’est répandu sous le chapiteau dressée sur la terrasse. La violence de la pluie dépasse rapidement l’abri, il fuit de toutes parts et tout le monde se réfugie dans la salle commune.

J’essaie de rester tolérant par rapport à ces groupes de randonneurs, mais j’ai vraiment du mal à accepter cette vision de la marche. L’essentiel de leurs affaires sont transportées de gîte en refuge, tandis qu’ils portent leur maigre sac à dos avec les provisions de la journée. Ils ne prennent aucune decision, tout est pré-digéré pour eux. C’est de la consommation pure et simple, avec tout le négatif que la notion revêt. Cette approche semble rejaillir sur leur tempérament : fermé, impoli et peu aimable.

Les hébergements le long du trajet se sont naturellement adaptés à cette clientèle prompte à la dépense (financière), proposant tout ce dont un marcheur peut rêver, et même plus. Dernière innovation, les douches chaudes et la recharge des téléphones portables. En partant sur le GR20, je savais ce que je signais : les beaux paysages, mais aussi les affres de la foule.

C’est donc avec un grand soupir de soulagement qu’une fois la pluie finie, je reprends ma route vers les bergeries suivantes, dans un décor bucolique. Je finirais à Basseta, à partager mon dîner avec un groupe de belges, servi par des aubergistes que l’on sent tout juste reconvertis au business de l’hébergement. Le dîner est copieux et bon, mais l’accueil, le lieu est sordide. Le terrain, à l’arrière de la maison, est à l’image de ses propriétaires.

Les salamandres sont en tenue de soirée

Les corses que je croise, sur ce début de GR, sont fidèles à leur réputation : austères et franchement désagréables. Comme à l’étranger, il faudra sans doute que je prenne les chemins de traverse pour découvrir le vrai visage de ces habitants, quand il n’a pas encore été défiguré par l’industrie touristique.

Je file vite dans ma tente me coucher pour oublier tout cela. J’ai hâte de reprendre la route le lendemain, par ces magnifiques petits sentiers de campagne vallonée, bordés de grands chênes, et d’une végétation fournie qui rappelle le pays basque.

2 commentaires

  • Salut Dam merci pour ton récit. On en profite avec toi 😉
    Un jour je compte bien aller tâter Les tafonis de Jeef à bavella. On m’avait dit que les marches d’approche sont longues.

    Pour les frontales prends toi une Petzl. Bonne qualité et prix raisonnable.
    Bon périple et Bizz de Paris

    J'aime

  • Cool que ça te plaise !
    Oui j’avais en tête une Petzl rechargeable et surtout qui ne s’allume pas inopinément dans le sac !!

    J'aime

Laissez un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s