Parcourir le PCT

Le PCT est un chemin de randonnée équestre et pédestre qui longe la côte ouest américaine, à une centaine de kilomètres de celle-ci. Il part de la frontière mexicaine, près de San Diego, et finit à la frontière Canadienne, près de Vancouver. Il fait 4200km de long (2600miles), soit l’équivalent d’une marche de Lisbonne à Istanbul. Intégralement montagneux, il emprunte des cols qui dépassent les 4000m d’altitude. Beaucoup de marcheurs du PCT font le détour pour monter au sommet du Mont Whitney, le toit des USA, à 4421m, hors Alaska et Hawaii. Le dénivelé positif cumulé est de 141 km, équivalent à 40 fois l’ascension de l’Everest, du camp de base au sommet. Soit une moyenne quotidienne de 1100 m de dénivelé positif. Il traverse les trois états de l’ouest des Etats-Unis : La Californie, l’Oregon, le Washington. Il est possible de le parcourir sur une saison entre trois et six mois. La majorité l’accomplissent en 5 mois. En 2017, environ 20% des 3500 candidats au départ l’on bouclé entièrement. Les causes d’abandons les plus fréquentes sont majoritairement mentales, mais aussi physiques (épuisement, blessures) et budgétaires.

Le PCT est l’un des trois grands chemins des USA, avec l’Appalachian trail (AT) à l’Est et le Continental Divide Trail (CDT) au centre. Les trois chemins suivent un axe Nord/Sud. Marcher les trois chemins revient à réaliser la « Triple Crown », la triple couronne. C’est évidement un club élitiste, chaque tracé évoluant en montagne, et jaugeant aux alentours des 4000km. Certains extraterrestres que j’ai rencontré enchainent l’AT et le PCT en une saison. D’autres en sont à leur troisième Triple Crown, c’est à dire qu’ils ont parcourus les trois chemins trois fois…

L’AT, à l’est, est le plus ancien, le plus connu, très fréquenté, plus escarpé, plus forestier, et humide. Il est bien tracé et dispose de gites, de refuges, d’hôtels et de villes sur son tracé. Il comporte une dimension historique, car il traverse plusieurs sites de la guerre de sécession. C’est souvent le chemin par lequel les aspirants américains aux longues marches débutent.

Le CDT suit principalement les montagnes rocheuses. Il est plus sauvage, moins tracé, voire disparait sur certaines portions. Il permet de bucoliques rencontres avec des Grizzlis, et demande de bonnes compétences d’orientation. Comme le PCT, il traverse à la fois des déserts et des montagnes, mais sa météo est plus capricieuse (orages, neige, pluie). Il est considéré comme le plus difficile des trois, celui que l’on tente en dernier. Il est donc logiquement moins fréquenté, ce qui accroit son exclusivité.

Le PCT est plus facile techniquement, car c’est un chemin tracé aussi pour les chevaux. Le sentier est très progressif, bien entretenu, très bien dégagé, sauf exception. Mais c’est aussi l’un des plus longs, et l’un des plus sauvages. Les ravitaillements sont espacés, et le plus souvent loin du chemin. Aller en ville demande de faire de l’auto-stop, à partir du peu de routes qu’il croise. Un livre, puis un film Hollywoodien a succès, « Wild », a popularisé le PCT en 2014. Une forte augmentation de la fréquentation en a malheureusement résulté dès 2015.

Même si le PCT est un parcours assez sec au printemps et en été, il faut se préparer à des températures allant de -10°c à 40°c, et des possibilités de pluie, de neige, de grêle et des orages. A la confluence de plusieurs courants océaniques et aériens, le climat est particulièrement humide dans l’état du Washington. On peut résumer l’itinéraire en cinq zones, du sud au nord :

  • maquis et désert aride, moyennement montagneux (excepté les monts San Jacinto et Baden Powell) en Californie du sud.
  • Haute montagne dans la Sierra Nevada, avec des cols à près de 4000m et de la neige en altitude, beaucoup de forêt sous les 3000m.
  • moyenne montagne et forêts en Californie du nord.
  • moyenne montagne, forêts et volcans dans l’Etat de l’Oregon.
  • reliefs alpins, abrupts, haute montagnes, et un climat humide dans les Cascades, Etat du Washington.

Depuis quelques années, à cause de la sur-fréquentation de certains parcs naturels (dont le Yosemite) que coupe le PCT, il faut acquérir une autorisation spécifique. Les permis sont limités à 50 personnes par jour, et je me suis inscrit trop tard pour obtenir les dates idéales, celles autour du 15 avril. Les dates restantes m’auraient fait démarrer le trail dans de mauvaises conditions : marcher dans le désert sud californien de juin à aout est un petit supplice, voire dangereux. De plus, partir en juin enclenche une course contre la montre : arriver avant les premières tempêtes de neige de l’automne, au Canada.

Pour contourner le problème, je choisis donc de démarrer début juin, mais plus haut sur le parcours, à Agua Dulce, près de Los Angeles. Je récupère ainsi le gros de la troupe après leur premier mois de marche, et suis dans les temps pour en profiter jusqu’au Canada. C’est aussi un moyen de croiser plus de monde et une garantie supplémentaire en cas de pépin.

Je démarrerais donc d’Agua Dulce vers le nord (flèche verte). Une fois arrivé au Canada, je prendrais un vol Vancouver – Los Angeles, et repartirais dans l’autre sens, vers le Sud, jusqu’à la frontière Mexicaine (flèche jaune). Ce parcours n’est pas classique, ni idéal (en une seule traite). Les américains appellent cela faire un flip-flop. Mais cela me parait être la meilleure solution, la plus raisonnable. Il y a aussi trois autres avantages : le climat automnal est plus frais, donc meilleur pour cette partie sud. En outre, cela sera l’occasion d’expérimenter la vraie solitude d’une section peu fréquentée à cette période. Enfin, je rencontrerais quelques Southbounders (SOBO), ces marcheurs qui font le PCT intégralement vers le Sud.

En effet, il est aussi possible de marcher le PCT vers le sud, du Canada au Mexique. Cette option est plutôt réservé aux marcheurs expérimentés, car elle présente plusieurs difficultés : Le chemin commence avec de grosses étapes, avec des cols dans la neige jusqu’à juillet, en autonomie, dans des montagnes très sauvages. Elle demande aussi un rythme rapide, pour passer la Sierra Nevada Californienne avant les tempêtes de neige, possibles dès octobre. Il faut globalement être capable de parcourir le PCT en quatre mois. Enfin, le désert sud californien est très sec et les sources taries. La difficulté accrue du parcours SOBO ne retient que 10% des marcheurs, contre 90% de NOBO. L’expérience est ainsi beaucoup plus solitaire, donc difficile.

Le maître mot est de ne pas trop regarder la carte lors de ce genre de périple : c’est décourageant ! Mieux vaut envisager ce chemins en étapes, ce qui a le mérite de faire paraître le défi plus abordable.