Pourquoi le PCT ?

C’est la question traditionnelle que les marcheurs se posent mutuellement sur le tracé. Il est toujours compliqué d’y répondre. Un peu comme l’homme politique à qui l’on demande : « quelle solution pour le chômage ? » – « tout dépend du temps que j’ai pour répondre … : 30 secondes, 5 minutes ou 5h ? ».

Quand ils n’ont pas trop envie de parler, certains Thru-Hikers, se facilitent la vie avec des réponses toutes faites, packagées, rapides. Mais souvent, ils prennent le temps. La réponse est longue et complexe, passionnante, riche et originale, inattendue, intime. J’ai déjà abordé la question de la marche dans une autre rubrique : « Pourquoi marcher », de même pour les détails techniques du PCT « parcourir le PCT ». Certains éléments se recoupent, mais reste une question : pourquoi marcher le PCT plutôt que d’autres chemins ? Réponse en quatre points : préparation, médiatisation, géographie, culture.

Préparation

Marcher pendant cinq mois demande de la préparation. il est difficile de le préparer en moins de trois mois, du fait du volume de lecture, achats, entraînement et d’administratif demandé. A l’inverse, avoir trop de temps pour se préparer, c’est risquer de s’enliser dans la sur-préparation, lire et visionner trop de choses, et finalement se priver du plaisir de la découverte, perdre sa capacité d’adaptation. J’aime conserver ce regard neuf, construire ma propre opinion, sans influence extérieure. Trop préparer, c’est aussi risquer de se blesser avant de partir. La fenêtre du PCT, d’avril à octobre, était presque parfaite pour mon organisation (excepté le problème du permis, à prendre 5 mois à l’avance).

Médiatisation

Inutile de le cacher, le PCT est très médiatisé. Il est relativement inconnu en Europe. Mais c’est une vraie institution aux Etats-Unis, et dans le monde de la randonnée. L’équivalent de St Jaques de Compostelle. De nombreux documentaires, vidéos, articles, parlent de ce chemin, de l’avant, et de l’après. En particulier, trois superbes films : « Only the Essential », « This is not a beautiful hiking video », « As it Happens ». Récemment, un livre puis un film Hollywoodien à succès, Wild, a largement contribué à sa notoriété. Les témoignages de ces aventuriers de la lenteur qui l’ont parcouru sont unanimes. Quelques rares grincheux, nécessaires pour confirmer la statistique, maugréent contre la supposée monotonie du désert, la faible technicité du chemin, l’absurdité de son tracé (très sinueux), sa dimension sociale excessive, l’enthousiasme caricatural des autochtones. Mais cela reste, de l’avis de presque tous, une expérience qui change une vie.

Géographie

Les images parlent d’elles mêmes : ces immenses vallées, rivières, montagnes, déserts à perte de vue, cette faune et flore abondante, majestueuse. Irrésistible. Ce chemin est le chaînon manquant entre cette Amérique du Far West, sauvage, un peu fantasmée, et la réalité, qui n’est pas si loin du cliché.

couleurs d’automne dans le Washington

J’aime ces espaces sans fin, ce silence. Les endroits que traversent le PCT sont majoritairement protégés de toute trace de civilisation. Les refuges, maisons, cabanes, poteaux électriques, routes, clôtures, fermes, y sont tres rares. C’est la garantie de passer des moments à soi, hors du monde, du tumulte. Parfois, quelques gêneurs viennent perturber cette paix : sont les avions de ligne croisant 5000m au dessus, si nombreux dans le ciel de Californie, de Seattle ou Vancouver.

Le PCT traverse des espaces étonnement diverses et variés, et n’a pas d’équivalent dans le monde. Le désert, le maquis, la foret, les volcans, les collines, les montagnes, les canyons. Les transitions sont lentes, car les distances sont gargantuesques. Mais l’émerveillement frappe partout. Le climat varie également le long des 4200km de sentier, du printemps, de l’été, de l’automne, de l’hiver.

Culture

Cette version de l’Amérique est formidablement attachante : rurale, simple, solidaire, généreuse, avec ses communautés soudées. Les petites villes minables, les voitures déglinguées, les jardins poussiéreux, les maisons bringuebalantes ont leur charme. Quand les hommes arrêtent de se concentrer sur l’apparence, il vont souvent à l’essentiel. Ou alors, ils ne cherchent à tromper personne, ce qui en soi est aussi une qualité.

Certes, le savoir faire architectural, gastronomique, artistique, historique, n’est pas remarquable, voire inexistant dans ces états de l’ouest. Bien souvent, les indiens natifs ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Mais la culture de cette Amérique, est similaire à celle que l’on retrouve partout dans le monde, quand les hommes ont abandonné l’idée de faire la course. Ils prennent alors le temps, n’ont pas peur de l’autre, l’accueillent et lui donne sans attendre en retour. Ils ne cherchent pas à prouver quoi que ce soit.

Entre randonneurs au long cours, se construit chaque année une communauté en mouvement, doublée de son alter-ego numérique sur les réseaux sociaux. Chaque année, vous appartenez de facto à une « PCT Class » millésimée, une sorte de promotion universitaire de diplômés. C’est la vraie richesse culturelle du PCT. Une moitié de trekkeurs du monde entier se mêlent à l’autre moitié de « hikers » américains pour partager des valeurs communes, mais aussi leurs différences. Ils forment ensemble des « Tramily », l’abréviation de « Trail Family » : de vraies petites familles se constituent sur le chemin.

Les thru-hikers, échangent aussi avec les marcheurs d’un jour, d’un week-end, d’une semaine, sans distinction d’âge, de niveau socio-économique, d’origine. Le PCT est un îlot de tolérance et d’échanges. a tel point que l’on est bien déphasé, nostalgique, quand on rejoint ensuite la civilisation.

5 millions de pas sur le même chemin crée des liens

La longueur de cette randonnée hors normes renforce ces liens entre collègues de patience, de souffrance, d’ennui, de bonheur. Les kilomètres filtrent rapidement les marcheurs, et font ressortir le meilleur de chacun. On finit par s’attacher terriblement à ce petit ruban de 30 cm de large de terre, et aux êtres qu’il héberge.

Rien que pour cette dimension humaine, le PCT vaut le coup.

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