10 conseils pour rater son GR20

Ces conseils sont bien évidement rédigés avec la plus complète mauvaise foi et subjectivité.

1. Oublier que l’on est sur un sentier « star ».

Le GR est victime de sa beauté, de sa difficulté, et de sa médiatisation. Quand on signe pour le GR20, on sait normalement à quoi s’attendre. Si l’on aime la solitude, le calme, les bivouacs sauvages, il vaut mieux considérer les foules comme un sympathique cas de sociologie, plutôt que subir et râler contre les désagréments qu’elles génèrent.

Après une période de recul amusé, je suis évidement tombé dans le panneau moi même, ramolli par la fatigue, et lassé par l’inconséquence de mes contemporains mal dégrossis. Leur présence devenait chaque jour plus gênante, à mesure que le nord se rapprochait et que leur nombre augmentait.

Surtout, il vaut mieux se concentrer sur les paysages, les rencontres, et mesurer la chance extraordinaire de pouvoir en profiter. J’ai encore quelques progrès à faire sur ce point.

  • 2. Partir sans tente :

Et devoir ainsi dormir dans des refuges hors de prix, infestés de punaises de lit et de randonneurs bruyants. Devoir caler son planning selon des réservations faites à l’avance, qui ne tiennent pas compte de la météo ou de son état de forme. Subir l’hygiène et l’étanchéité douteuse des tentes de location. Arriver tôt au refuge, sous peine de ne pas avoir de place.

3. Porter trop lourd

Le manque de préparation est la première cause d’abandon. Comme pour toute randonnée, étudier les listes de matériel des marcheurs expérimentés, comme sur le Pacific Crest Trail. Rester frugal dans le matériel que l’on emporte. Optimiser le poids en priorité de son sac à dos, sac de couchage, tente, matelas. Prendre une balance de cuisine, et peser chaque élément individuellement, puis compiler le tout sur une feuille Excel ou mieux, le site lighterpack : mesurer l’impact de chaque choix.

Inutile de penser que puisqu’on est là pour en chier, quelques kilos supplémentaires ne feront pas grande différence. Et puis, qu’après tout, on est jeune et en forme. Rester humble dans ses capacités. Le chemin vient très vite s’occuper de votre naïveté, ou excès de confiance mal placé : il n’y a plus beaucoup de sacs à dos volumineux sur la seconde moitié du parcours. Sur 10 personnes au départ, il en reste entre 50% et 30% à la fin.

– 4. ne pas prendre suffisamment d’argent liquide.

Pour des raisons dont je me doute, mais que je ne me risquerais pas à développer ici, sans preuves, très peu de gîtes et refuges acceptent la carte de paiement. Même quand ils disposent du réseau cellulaire, téléphonique, et de l’électricité. A noter qu’il existe même des terminaux de carte de paiement fonctionnant sur batterie, connectés par GPS. Mais très peu sur le GR. En fait, la technique n’est pas un obstacle en soi.

Les tarifs parisiens pratiqués partout contraignent donc à prendre beaucoup de cash avec soi. 500€ semble raisonnable pour un GR assisté et 16 jours (demi-pension chaque jour, réservations faites à l’avance). Bien sûr, il est possible de dépenser moins, avec un mental solide à l’épreuve des tentations de toutes sortes, ou par nécessité budgétaire. Mais la réalité, est que ratissés, de nombreux randonneurs sont contraints de faire un crochet par Corte via le train de Vizzavone, à mi-chemin, pour tirer de l’argent liquide : il n’y a aucun distributeur sur le GR.

Ces tarifs élevés s’expliquent bien sûr par la complexité et le coût de livraison des refuges (mule ou hélicoptère). Mais surtout par la loi d’airain de l’offre et de la demande.

Il est possible de partir en autonomie, complète ou partielle. Je déconseille l’autonomie complète : le poids du sac au départ serait d’une lourdeur trop inconfortable pour profiter de ce tracé si cassant. L’autonomie partielle me semble un bon compromis, pour déguster de temps à autre de quelques repas cuisinés, rester léger, et ne pas se faire essorer son compte en banque. Partir avec 3 ou 4 jours d’autonomie bien calibrée est un bon début, donne le temps de découvrir le chemin et les infrastructures, caler son rythme et ses envies.

A noter que des cuisinières à gaz sont disponibles presque partout, et évitent de porter son propre réchaud.

Enfin, se rappeler que la marche fatigue, et rend psychologiquement faible : difficile de résister à une soupe chaude, sauté de veau et gratin de macaroni au brocciu, même hors de prix, quand on a marché 10h et fini trempé sous l’orage.

– 5. vouloir aller trop vite.

Ce GR ressemble plus à un itinéraire balisé qu’un chemin de randonnée. Les montées et les descentes sont harassantes. Le parti pris physique du parcours oblige à le contrebalancer avec des pauses, de l’observation, des discussions. J’ai vu beaucoup de gens dans le sud hypnotisés par leur planning, leur objectif, qui se sont dégoûtés rapidement du GR, voire même de la randonnée. Vers Bavella, près du but d’un itinéraire Nord-Sud, j’ai entendu des phrases comme : « j’en ai marre, j’ai hâte d’en finir ». Là aussi, je suis moi même un peu tombé dans le panneau, en m’étant donné un objectif assez court. J’ai cavalé, surtout au début. Quel dommage ! Les paysages sont magnifiques, il faut savoir les déguster.

Aller trop vite en montée, c’est risquer de se « cramer » : se retrouver sans ressources musculaire dès le matin, et subir le chemin le reste de la journée.

Aller trop vite en descente épuisé, et vous expose à des blessures musculaires, tendineuses, articulaires, longues à réparer voire des séquelles définitives.

Port des bâtons très vivement conseillé : + 20% d’efficacité minimum dans les montées, et un amorti salutaire dans les descentes, en plus de leur apport en équilibre sur certains passages.

– 6. vouloir aller trop lentement.

Parcourir une étape par jour, en partant tôt (6h) signifie arriver au refuge vers midi, et même avant. Il reste alors une grosse demi-journée à occuper. Prévoir alors un bon bouquin, car les après-midis sont longues et l’envie de repartir forte. L’impossibilité de bivouaquer entre les refuges contraint ainsi à un choix binaire, entre le risque de trop (étape doublée) et de trop peu (simple étape).

Paradoxalement, pour le marcheur averti, ne couvrir qu’une étape par jour donne souvent l’impression d’un demi-accomplissement. Surtout, en contraignant à rester près des installation humaines, elle limite le dépaysement et coupe du sentiment d’aventure qui fait le sel de la randonnée en montagne.

– 7. prendre des photos au smartphone.

Le moins que l’on puisse faire, si l’on aime la photo et la montagne, est de prendre un minimum de matériel et de temps pour rendre un hommage décent à ce superbe environnement. Ce que je n’ai évidement pas fait dans mon cas personnel, par un accès de flemmardise aiguë. Un petit compact comme le Sony RX100 n’est pas si lourd, endurant, et prend d’excellentes photos… pour peu que l’on y accorde du temps, du travail et de la patience.

– 8. ne pas prévoir assez de temps

L’idéal est de se prévoir une période libre de 16 jours, qui rend le GR largement abordable (étapes de 5h max/jour) et sans orage (marche le matin). En fonction de la météo et de son état de forme, il est alors possible d’aller plus vite, de marcher plus longtemps, et d’utiliser le temps disponible à faire des variantes, des sommets, visiter les villages, aller à la plage, rejoindre son aéroport tranquillement. Pour cela : réserver le moins possible ses hébergements (tente louée sur place ou personnelle) pour décider au jour le jour. Toute volonté de respecter un planning rigide figé à l’avance est vouée à l’échec. L’adaptation est la clé, sur le Gr20 particulièrement.

Pour la vie hors du GR (après), louer une voiture n’est pas si cher, permet de conserver sa liberté, d’optimiser ses déplacements et d’éviter de se faire ratisser par les hôtels ou Air B&B en ville, en tant que piéton captif des rares transports en commun. Privilégier les campings en périphérie : après tout, on est plus à un jour près sous la tente…

-9. Ne pas respecter la météo.

La corse est une île formée de hautes montagnes au milieu de la Méditerranée. L’altitude, combinée aux vents, les reliefs, les perturbations sur l’océan, les différences de chaleur entre la terre et la mer : tout contribue à un climat instable et explosif. Durant l’été, les orages sont aussi réguliers et intenses que le pédalage de Lance Armstrong dans la montée de l’Alpe d’Huez.

La foudre tape de préférence les points élevés : les crêtes, les cols. Il est évident qu’il vaut mieux être bas et protégé à ce moment là, et avoir anticipé. En effet, le GR est souvent et longtemps exposé, et les échappatoires sont peu nombreuses. Outre la foudre, la grêle et les pluies torrentielles peuvent générer des crues, éboulements et hypothermies très rapidement.

A l’inverse, la chaleur est moins spectaculaire, mais sans doute l’ennemi le plus retors. La déshydratation, le malaise ou la blessure guettent celui qui va trop vite, qui se protège mal, ou n’a pas pris assez d’eau à la source. Là aussi, les longues étapes sur les crêtes, sans eau et sans ombre, demandent de l’anticipation et surtout de l’adaptation. En fonction de l’heure de la journée, des prévisions, de son état de forme, de la tête des nuages et de l’étape à venir, il ne faut pas hésiter à remettre en cause son programme et faire preuve de créativité dans l’itinéraire. La sécurité prime.

– 10. parcourir le GR20.

Surmonter son besoin de reconnaissance à clamer à qui veut bien l’entendre qu’on part marcher le « fameux » GR20. Faites plutôt preuve d’audace, d’originalité : partez sur d’autres chemins moins empruntés. Les Mare E Monti par exemple, plus confidentiels, ou encore mieux : créez votre propre itinéraire. Ce sera le meilleur moyen d’aller à la rencontre des habitants, des villages, de paysages variés. Bref, vous découvrirez le meilleur de la corse, des corses, et pas ses avatars décérébrés qui sévissent trop souvent sur le GR.

Plus facile à dire qu’à faire, quand on s’est mis ce joli défi en tête. Le GR20 exerce une attraction dont il est difficile de se défaire. Mais personnellement : leçon retenue !

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