Le Canada se mérite !

Stehekin, frontière Canadienne, Manning Park

Souvent, j’aime quitter la civilisation avec un peu de compagnie. Psychologiquement, c’est plus facile. Surtout quand la pluie et la neige sont prévues pour les deux jours suivants, sans arrêt. Le troisième devrait être meilleur, et me permettra de finir dans de bonnes conditions.

À Stehekin, je reprends la route seul. Je croiserais 1 randonneur de toute la journée. Mais encore une fois, la formule d’Alexandra David Néel se révèle juste : « En chemin, tout se simplifie ». Le plus dur est de partir, de claquer la porte. En marchant, on fait le point sur se préparation, au calme, et le stress redescend. Et en même temps, on accepte l’idée de l’inconnu, de l’imprévisible, du danger.

La matinée nuageuse, mais relativement douce et peu pluvieuse aide beaucoup. J’évolue encore à basse altitude. Je calcule dans ma tête combien de temps il me faudra pour récupérer le groupe parti devant. En effet, une fois n’est pas coutume, j’aimerais faire équipe avec d’autres PCTers. Pour plusieurs raisons :

  • mental : en discutant, le chemin passe plus vite, surtout quand les conditions sont pourries.
  • sécurité : la neige est annoncée pour mardi, les nuits à -10 degrés, et il y a encore un détour (sans carte précise) hors PCT à suivre.
  • convivialité : je n’ai pas envie de passer la frontière seul, sans la fêter avec d’autres, surtout ceux avec qui j’ai crée des liens au fil du chemin.

L’après-midi est légèrement mais constamment pluvieuse. Mes moufles imperméables font merveille. Cher, mais efficace. Merci Outdoor Research. Tout mon équipement de cette marque est simple, léger, bien conçu, efficace. Je recommande !

J’arrive au bivouac, en bonne forme, à une heure raisonnable. Je découvre le camp légèrement enneigé. Il pleuvra toute la nuit, faisant fondre la neige. Ce qui ne veut pas dire qu’il y fait bon. Je n’ai pas de thermomètre, mais je remarque que hors des gants, mes mains perdent leur sensibilité en moins de dix minutes.

J’ai des progrès à faire dans le positionnement de ma bâche de sol en Tyvek. Elle est sensé protéger la tente de l’humidité par le dessous. Mais l’eau passera quand même et se retrouvera dans la tente via des micros trous, par capillarité. Le Tyvek n’est pas une matière imperméable. J’ai bien un tissu de sol intégré à ma tente, mais il a très mal supporté l’usure des bivouacs. J’ai essayé de le réparer à Trout Lake, sans succès. Malgré les arguments des marques, je perçois clairement et douloureusement, après 4 mois de randonnée intensive, les limites des matériaux dits ultra-légers, comme le DCF (Dyneema Composite Fiber) de ma tente. On comprend pourquoi ce matériau a été développé pour les voiles de bateau, tant il est résistant à la tension, imperméable et léger. Mais je ne vois pas son intérêt pour le monde de la randonnée, où il est bien trop fragile à moyen et long terme pour être fiable. Même chose pour le Silnylon (nylon enduit de silicone) de mon sac étanche, trop fin. Ou le nylon enduit de Polyuréthane de mon sac. Rien n’a résisté aux frottements mécaniques. Tout fuit. Je suis contraint de tout doubler avec des sacs en plastique, et avoir recours à des sacs étanches plus épais (nylon enduit de 70 deniers)

Z Packs est une petite PME américaine de passionnés sympathiques, qui vend du matériel cher et vraiment léger, à base de DCF justement. Mais même avec des précautions d’utilisation particulières, ce matériau est trop sensible pour faire une randonnée d’une telle ampleur et en toute sécurité, à mon avis. Mon sac à dos, ma tente, mes sacs étanches, achetés à prix d’or, vont tous finir par atteindre leurs limites quand les conditions deviendront sérieuses. Ce qui est vraiment embêtant quand ce matériel est vital.

Conclusion : acheter du matériel peut être un peu plus lourd chez des spécialistes sérieux et éprouvés. Comme Osprey pour les sacs à dos, Sea to Summit pour les sacs étanches, MSR pour les tentes, Cumulus pour les sacs de couchage et doudounes, Outdoor Research, Whoolpower pour les vêtements en laine, Darn Tough pour les chaussettes. Meme ces fabricants cèdent aux sirènes de l’ultra léger. Ils sont appâtés par un effet de mode et donc une demande en plein boom. Dans leurs gammes de produit, il ne faut donc pas systématiquement aller au plus léger ou au plus respirant, mais viser le bon rapport solidité/poids/prix/confort. Cela ne dispense pas de la casse, mais limite les risques. En montagne, notre sécurité en dépend. Et je ne parle même pas du confort. Enfin, et surtout certaines marques ont des garanties à vie inconditionnelles. Ce qui veut dire qu’en cas de casse, usure, deformation, mauvais usage, ces companies remplacent le produit par du neuf, sans poser de questions. Osprey et Darn tough semblent au dessus du lot sur ce point.

La bâche de sol est l’un des trucs des randonneurs légers. Il s’agit de Tyvek, un film servant normalement dans la construction, à recouvrir les toits ou murs. Léger, peu cher et ultra résistant, c’est l’outil parfait pour protéger le dessous des tentes et s’isoler du sol… à condition de bien le disposer sur les extrémités. Et en ne comptant pas dessus pour être étanche. Je l’apprendrais dans la difficulté, me réveillant plusieurs matins avec une piscine à mes pieds. Heureusement, mon matelas gonflable (qui fuit lui aussi, mais moins !) me surélève légèrement et épargne le sac de couchage. S’il prend l’eau, c’est un peu la catastrophe, la plume étant très longue à sécher. Mouillée, elle perd son gonflant et sa capacité à emprisonner de l’air et donc isoler du froid. Bref, il y a encore du boulot pour avoir l’équipement idéal.

Pour me consoler, tout le monde est dans mon cas, et certains dans des conditions bien plus précaires que moi. « Empty » s’est fait ronger sa tente par une souris, qui a fait un gros trou et laisse l’eau rentrer. Il la re scotchera comme il peut, sous la neige. A l’inverse, j’en ai vu un randonner sans tente, avec un grand sac poubelle (pour gagner du poids !), déclarant que quand il se mettait à pleuvoir la nuit, il se levait et marchait pour se réchauffer et rester au sec. Véridique. Il n’y a pas de limite dans la rusticité.

Après Rainy pass, la bien nommée, le sentier s’élève dans les montagnes. Franchement, je n’ai pas la tête à admirer le paysage ! Plutôt à enquiller les miles sans trop de casse, comme un zombie, en regardant là ou je mets les pieds. Le sentier se transforme en torrent. « Flitch, flotch, » font mes chaussures à chaque pas. Et chaque buisson arrose mes chaussettes d’un délicieux renouvellement d’eau fraîche.

À force de nous croiser, je finis par me joindre au duo « Sparrow » et « Empty », qui marchent ensemble depuis le Washington, puis « splinter » et « sprocket ». Ce sont les puristes qui comme moi, ont marché le fameux détour entre Holden et Stehekin. Ils marchent depuis longtemps par paire, mais m’acceptent facilement, naturellement. Les marcheurs ne se font pas de noeuds au cerveau pour ce genre de truc sur le PCT. Peu de clans fermés, de chasse gardée, de groupes impénétrables. Le rapport entre les gens est fluide, simple, peu calculé. Chacun fait son chemin, respecte celui des autres, et reste ouvert à la rencontre. Même à la fin, quand les connaissances, habitudes, amitiés sont plus établies. C’est un bel aspect du PCT.

Froid devant
Sparrow et sprocket, au loin
« Empty »
Sparrow et sprocket

Le temps est toujours aussi mauvais. Après Harts Pass, nous prenons le détour dû à l’incendie. Je profite d’une belle éclaircie inespérée au déjeuner pour faire sécher ma tente et d’autres équipements. Je croise Ben et Candice. Ben est à cours de bouffe. Ils ont touché le monument à la frontière, et reviennent sur leurs pas, pour faire du stop à Harts Pass, le dernier col et accès au chemin par la route aux États Unis. Il n’a pas fait la démarche (simple pourtant) pour passer légalement la frontière canadienne. Un petit retour de 50km dans la neige, alors que côté canadien, l’hôtel n’est qu’à 12 kilomètres. Je le félicite et lui donne quelques paquets de ramen que j’ai en sécurité. Ben est le premier randonneur que j’ai croisé sur le PCT, et nous finissons à un jour près !

Puis le climat se dégrade rapidement. La neige tombe fortement et recouvre le chemin en quelques heures. La température s’effondre. Pour vous donner une idée des conditions rencontrées, voici le lien vers un épisode de l’excellent vlog de Jennifer « Starburst », qui marchait quelques kilomètres derrière moi la même journée. Elle rapporte qu’une marcheuse a du être évacué du chemin car elle avait les pieds gelés…

Nous repérons une cabane sur la carte, légèrement à l’écart du Trail. Nous rêvons de dormir au sec, avec un poêle pour nous réchauffer…. Sans trop y croire. Il est annoncé -10 degrés pour cette nuit. Loupé, la cabane se révélera malheureusement en ruines. Mais le camp est correct, je me terre sous un gros sapin pour échapper au gros des flocons, et installer ma tente trouée sur une surface sans neige. Stratégie gagnante, malgré une tente gelée intérieur/extérieur, je passe la nuit sans trop de casse. Mais la fatigue s’ajoute au froid. Mon sac, parfaitement adapté aux conditions avant le Washington, est désormais à ses limites. Je dors avec toutes mes couches, mais je passerais une nuit assez peu réparatrice. Je sens mon corps frissonner, taper dans ses réserves pour se maintenir à 37 degrés. Je suis certain d’avoir perdu de l’énergie cette nuit là. Si c’était à refaire, je prévoirais une doublure polaire pour étendre les performances de mon duvet. Et ferais des plus petites journées.

Heureusement, l’issue se rapproche. Et le beau temps est prévu pour demain. Si nous voulons dormir au chaud ce soir, il faut se lever à 5h, partir à 6h, et abattre 42 km. La distance d’un marathon, en montagne, avec deux cols dodus. Pas très different d’une journée habituelle finalement, à la différence près que nous aurons de la neige au sol. 15 kilomètres de montée nous attendent, jusqu’aux cols de Woody et Hopkins pass, puis une descente de 27 kilomètres jusqu’à la frontière canadienne et l’hôtel de Manning Park.

Le lever dans la nuit est plutôt pénible. Quelques copeaux de Nutella durcis par le froid dans deux tortillas servent de petit déjeuner. J’ai le temps de faire un café, étant donné que mes compagnons explosent consciencieusement l’horaire de départ prévu de 45 minutes. Je marche en rond pour récupérer un peu de sensations dans les pieds, en les maudissant un peu entre deux bâillements. Le stress de louper le réveil m’a perturbé la récupération, d’autant plus que je dépends de mes camarades pour trouver le chemin : ils ont la trace du détour sur leur GPS. J’ai aussi la joie et le privilège d’enfiler des chaussures gelées, durcies par la glace, et mes pieds l’ont bien senti, malgré un haut degré d’engourdissement. Ca change des baskets trempées. Le jour finit par se lever, le temps de me rappeler pourquoi je déteste marcher en groupe. Mais j’oublie assez vite ces pensées négatives. Je me concentre sur mon rythme, et me réchauffe rapidement. Mes camarades me ralentissent dans la montée, ce qui m’empêche de marcher trop vite. Le décor, la lumière est superbe. Le ciel est bleu, le soleil du matin éclaire les arbres enneigés d’une teinte d’or. De nombreuses traces de sang, et empruntes dans la neige fraîche témoignent de l’activité et des drames de la nuit dernière : Ours, Cerfs, cougars, bobcats, lièvres, grouses, beaucoup étaient actifs hier soir.

Mes compagnons ont un rythme plus lent que le mien en montée, qui m’aide à conserver mon énergie. Mais me fera prendre du retard. Dans la descente, ils me distancent, comme beaucoup d’autres hikers. En effet, je suis très méfiant avec les descentes, et volontairement, j’adopte un rythme relativement lent. Dévastatrices, elles broient les articulations, sollicitent beaucoup les muscles, les tendons, d’autant plus avec un organisme fatigué et un sac lourd. Je me freine avec les bâtons autant que je peux.

Les arbres et le chemin sont couverts d’une couche de 10cm de neige fraiche. Elle atteindra 30 et même parfois 40cm au col. Plus que je ne le pensais. Les chaussures passent du solide au liquide. Pas vraiment faites pour ces conditions, elles prennent l’eau immédiatement. Mais elles adhèrent parfaitement dans cette poudreuse. Premiers à passer ce matin, nous faisons la trace. Certains enfilent des sacs en plastique dans leur chaussures rester plus au sec et éviter les gelures. D’autres ont des chaussettes étanches, ou Néoprène. De mon côté, les pieds reprennent des sensations rapidement dans la laine de mes fabuleuses Darn Tough. Contre toute attente, je finirais la journée avec les pieds mouillés, mais chauds et presque secs.

Arrivés en haut du col, les amis escamotent la pause déjeuner, à cause du froid. Ils mangent peu, et repartent. Je suis le mouvement pour rester dans le groupe. Mais j’apprécie prendre un vrai déjeuner copieux, me reposer, pour retrouver beaucoup d’énergie l’après midi. Les paysages superbes et certains passages scabreux me distraient, me font oublier la fatigue. J’ai l’impression d’être en février, la montagne est complètement transformée : le blanc a fait son putsch.

Je ne tarde pas à peiner. Puis finis par m’arrêter. Trop tard. J’ai mal au psoas de la jambe droite, et mon mollet gauche est atteint. Pas assez pour m’arrêter, mais le genre de blessure que je connais bien : on les déclenche fatigué, et elles ont tendance à prendre du temps à guérir. Celles-ci sont d’anciennes lésions qui se réveillent. Quelques jours de repos m’attendent, mais je n’aime pas m’abimer bêtement, à cause d’un rythme qui n’est pas le mien. Marcher en groupe ces deux derniers jours m’a sans doute tranquillisé, mais finalement me coûte cher. Ces blessures seront tenaces, je le sais déjà, je commence à bien me connaître.

Dans notre vie de tous les jours aussi, le confort de vie est rassurant. La société nous aide, nous protège, nous infantilise, nous donne l’impression d’être moins seuls. Mais elle ne nous pousse souvent pas à faire les choix qui nous correspondent vraiment. Il est tellement difficile de suivre son intuition tout en acceptant l’incertitude qui va de pair. Sortir de sa zone de confort est pourtant le seul moyen de grandir, d’apprendre, de progresser, de se sentir vivant. ne pas en sortir se paye cash, un jour ou l’autre.

Je laisse finalement filer le groupe, sans regrets, mais trop tard. Je me fais vite doubler par d’autres marcheurs, partis après moi, qui dévalent la pente, sentant l’écurie (au propre et au figuré). Je n’ai pas envie d’arriver seul à la frontière, mais l’essentiel est de finir entier, et de finir tout court. Y compris après le Canada, pour la portion qui m’attend, de la Californie du sud jusqu’au Mexique. Donc je garde mon rythme, et choisis de faire une courte mais vraie pause réparatrice avec les quelques vivres qu’il me reste. Sassy k me dépasse quasiment en courant. Elle a du Prosecco, et compte bien fêter l’arrivée dignement.

Cela me motive pour repartir. La dernière heure est longue mais belle. Seul, reprends le temps de me refaire le film dans ma tête, un peu ébêté : les préparatifs de France, le départ d’Agua Dulce, le désert, la Sierra, les volcans de l’Oregon, les animaux et les plantes, les arbres, les villes traversées, les amis rencontrés, les trails angels. Quatre mois sur le chemin, avec ce curieux sentiment mêlé : c’est passé très vite, mais j’ai goûté, apprécié chaque seconde de ce temps comme rarement dans ma vie. L’impression bizarre, irréelle, incroyable, d’avoir marché de Los Angeles au Canada.

Il n’y a aucun exploit dans tout ça. Tout le monde peut le faire. Il faut juste de la régularité, une ténacité plus bornée que vertueuse. Mais surtout, il faut avoir du plaisir à marcher seul loin de tout. Je ressent une joie simple, équilibrée, saine, sereine. Pas de grande émotion débordante, juste la satisfaction profonde de se trouver à la bonne place, et de ne pas vouloir être ailleurs. Marcher me rend heureux. Ce n’est pas en force, mais en accord avec soi-même que l’on parcourt le PCT.

Je me rappelle aussi qu’il me reste 700km à faire pour ne pas me déconcentrer complètement. Mais je commence à entendre les hurlements de joie de mes compagnons au loin, dans les ultimes lacets de la descente.

Ils se prennent en photo devant le « monument », le terminus nord du PCT. Quelques piliers en bois, installés symboliquement à la frontière, marquent la fin du tracé. Une tranchée séparant les deux pays saigne la forêt de façon rectiligne, faisant fi du relief. A l’américaine, sans fioritures.

Au milieu de la forêt, dans cette clairière artificielle, se jouent chaque année la conclusion de 5 mois de marche pour quelques centaines de personnes, dont la vie de la plupart sera affectée définitivement. Il y a un avant et un après PCT. Longuement rêvé, désiré, cet endroit symbolise la réalisation d’un projet mûri depuis 1, 2, 3, 10 ans pour certains. Et une étape vers de nouveaux défis, rempli d’une force nouvelle, d’une vision profondément modifiée de l’existence, et de la hiérarchie de ses priorités. Une confrérie de PCTers, ermites des temps modernes, rejoindra bientôt la vie normale. Au delà des mots, ils se comprendront et se retrouveront immédiatement entre eux, comme faisant partie d’un club resserré. Comme ceux que j’ai croisé peu après à l’aéroport de Vancouver et de Los Angeles, que je ne connaissais pas, mais avec qui le lien s’est automatiquement fait. Leur expérience profonde restera difficile à exprimer, à considérer, à partager avec les autres qui ne l’ont pas vécue.

Deux bons films ici et ici illustrent fidèlement l’esprit du PCT.

L’excitation ne tarde pas à me gagner. J’accélère le pas. Les derniers mètres d’un périple de 3500 km sont émouvants. Voir cet endroit véritablement, autrement que sur les photos, est un moment particulier. Par la symbolique qu’il revêt, les rêves qu’il véhicule, les mois d’attente et de souffrance qu’il représente. Une dizaine de personne est là, fêtant ce moment. Empty et Sparrow notamment, Sassy K, Starburst (Vlog), et d’autres. Sprocket et Slinter nous rejoignent peu après, complètement épuisés, mais heureux. Ils s’assoient, hagards, alors que ce matin au camp, ils débordaient d’énergie. sprocket, l’australien de Perth, est un cas à part. Il a bien démarré sa marche de Campo, à la frontière mexicaine, comme tout le monde. Mais avant cela, il a parcouru l’Amérique à vélo, de la Patagonie à la frontière des États Unis. Inspirant.

Les deniers pas de 9 mois de périple pour sprocket

Les autres sont partageant le vin mousseux de la victoire, des déguisements et accessoires pour les photos, apportés pour une fois en dépit du sacro-saint poids du sac. Je sacrifie à la photo traditionnelle d’abord assis, puis debout sur le pilier le plus haut. A 3 m du sol, sur un carré de 20 cm de côté, c’est sacrément casse-gueule. Sans doute le moment le plus dangereux et angoissant de mon PCT !

Les photos faites, le registre officiel signe et daté, il est presque 18h et déjà le temps de repartir. Treize kilomètres me séparent de Manning Park, de sa chambre d’hôtel privative, sa douche, son jacuzzi, son lit king size, sa télé et ses émissions sédatives pour les neurones. Treize kilomètres de montée puis de descente : une broutille après plus de trois mille parcourus. Mais interminables, car la pression est redescendue, le chemin et technique, le froid est là, la nuit tombe. Sparrow et Sassy K m’accompagnent. Ces deux femmes ont une ténacité de fer. Je m’accroche pour les suivre dans la descente. Mais leur compagnie permet d’oublier partiellement la fatigue de la journée. Nous arriverons dans le noir, le restaurant de l’hôtel est fermé. Mais qu’importe, nous passerons la nuit au chaud.

Le lendemain sera consacré à manger et surtout, surtout, ne rien faire. Ce qui n’est pas arrivé un seul jour depuis quatre mois.

Le surlendemain, je roule trois heures avec quelques camarades jusqu’à Vancouver, grâce à un trail angel dont nous avons rempli la voiture. Suggérant un don de 30$, je le soupçonne de faire quelques profits sous entreprise prétendument généreuse. Peu importe, 30$ pour trois heures de route au chaud entre collègues, ça les vaut.

Je visiterais brièvement cette ville qui, bien que sympathique avec son port de plaisance en centre ville, ne me paraît pas avoir un intérêt particulier, peut être à tort. Peut être aussi parce que c’est la première très grosse ville que je visite depuis quatre mois de nature. Elle déborde d’énergie, positive et négative, et dégueule de ces artifices ineptes et standards d’une société de consommation débridée que l’on rencontre désormais dans toutes les grandes villes du monde. Quatre mois de choses simples, essentielles, qui ont confirmé mon intuition que l’on vit beaucoup mieux sans tout ce barouf absurde et débilitant.

Le jour d’après, je retrouve avec grand plaisir mes amis désormais incontournables Rowan, Ben, Candice. Ils se sont regroupés chez Jeff, qui habite Vancouver. Manquent Tracy et Olivia qui viennent de repartir. Une belle façon de boucler cette grosse étape : ce sont littéralement les premières personnes sur lesquelles je suis tombé sur le chemin, le premier jour. A l’exception de Jeff que j’ai rencontré plus tard, à Mammoth lakes. Je passe avec eux une soirée et journée réconfortante.

Mais je dois déjà voler vers Los Angeles et Santa Monica, revoir Joy et Daniel, réapprovisionner, racheter de nouvelles chaussures, avant de reprendre mon périple vers le sud depuis précisément Agua Dulce.

Le corps est encore sous le choc, la dernière étape a laissé des traces. De plus, je ne me suis pas arrêté de marcher plus de deux jours consécutifs depuis quatre mois. Logiquement, ce n’est pas la peine d’espérer une récupération complète en cinq jours de temps. Mieux vaut rester dans le rythme, laisser le corps reprendre sa rythme, et repartir doucement vers le Mexique. « En chemin, tout se simplifie. » Enfin j’espère !

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