Pluie de grêle

A force d’essayer d’éviter les orages, on finit par les prendre sur le nez. 1 h de grêle non stop, des éclairs qui tapent sur la crête à 100m, une pluie battante à partir de 16h… cette étape fut mouvementée.

Pourtant, tout avait bien commencé. Le départ du col de verde fut lent. Le chemin monte tranquillement dans la forêt. Une famille de cochons sauvage a élu domicile sous un rocher creux, et manifeste mon passage matinal par un concert de grognements suffisamment prononcés pour me faire faire un large détour dans les bois.

Ensuite le chemin se sépare en deux : à l’ouest, une variante grimpe le mont Renoso : un beau passage sur le dos de cet arête minérale. A l’est, le GR reste au creux d’un valon, et se contente de zig zaguer dans un relief affable.

Ce matin, j’ai les yeux plus gros que le ventre, frustré de sentiers aériens des derniers jours. J’opte pour le mont, plein de confiance aveugle et d’énergie matinale.

Déjà, le chemin se perd dans les pâtures qui tapissent le pied de la montagne. Je sors mon GPS plusieurs fois pour finalement retrouver le parcours, uniquement marqué par des cairns irréguliers.

Déjà, les cumulus de chaleur se gonflent doucement, au loin. A part quelques vaches à la vie de pacha, je ne croise personne de la matinée. Je tiens un gros rythme, mesurant inconsciemment que la journée est loin d’être terminée.

Sur le Monte Renoso

Après un passage facile sur le dos du mont, l’itinéraire gagne une section plus raide, et se fraie un passage sur l’aiguille sommitale. Je voulais de la technicité, je suis servi. Cela me ralentit, mais il fait un temps splendide et je me prends au jeu des petites escalades sur ce granit incroyablement accrocheur, qui met en confiance.

Parfois, je pense à toutes les élucubrations philosophiques des écrivains sur la pureté de l’escalade, la beauté de l’alpinisme, la religion de la grimpe. En fait, nous ne répétons ni plus ni moins que notre plus ancien réflexe d’hominidé : grimper dans les arbres pour échapper aux prédateurs, se nourrir, jouer. Marcher en montagne, c’est se réconcilier avec ses instincts. Pas plus, pas moins.

Lac de Bastani

La descente est raide, mauvaise, pénible nerveusement et physiquement. pour ne rien arranger, j’accuse la fatigue des derniers jours, et je croise les nombreux visiteurs à la journée qui montent au lac.

Près de 3h de patience me mènent au creux de la montagne, près d’une station de ski, au refuge d’E Cappanelle. Le service est aussi catastrophique que la pizza délicieuse.

Le seul hôte sympathique croisé ces derniers temps

Je me dépêche de quitter les lieux avant de m’énerver pour me détendre les neurones sur un sentier qui promet d’être accueillant. 3h30 a flanc de coteau, au dessous des crêtes et de la foudre qui couve. A 15h, j’entends les premiers grondements caractéristiques. Je reste inquiet : un passage exposé, sur le col de Palmente, forme la dernière difficulté avant l’arrivée au village de Vizzavone, en contrebas.

Les bergeries d’Alzeta, le col de Palmente, Vizzanova

Inquiétude confirmée : à l’approche du col, le tonerre se renforce et une petite pluie démarre. Je passe mes vêtements adéquats. Sur la carte, pas d’échappatoire possible par le bas, mais une petite bergerie, au cas où. C’est le cas. La pluie se renforce, l’orage est là, je décide de m’abriter. Un groupe de 4 jeunes Belges est déjà naufragé là, accroupi sous un morceau de toiture. L’orage redouble, le tonerre se fait plus présent, la pluie devient déluge. Les éclairs sont visibles et tapent littéralement sur le col qu’emprunte le chemin. Le délai entre le son et l’image n’existe plus. La pluie se change en grêle, et c’est un déferlement impressionnant de billes de glace qui sautillent en touchant le sol, et recouvrent la forêt d’un tapis uniformément blanc. La violence des éléments nous laisse bouche bée, malgré une autodérision en contrepoint avec l’inconfort de la situation.

En trouvant mes camardes de galère sous leur minuscule abri improvisé, j’ai évidement demandé s’ils avaient vérifié que les cabanes de bergers n’étaient pas accessibles. Réponse négative. Alors que la pluie ralentit et que le groupe se décide à bouger, nous découvrons un petit bâtiment dont la porte est restée ouverte, parfaitement confortable, qui nous aurait épargné ce petit vent frais, les éclaboussures de la pluie, et la légère hypothermie d’une transpiration qui refroidit sur le corps, sans pouvoir se changer. Après près de 2h de patience, nous sentons que la voie est libre. L’orage tape désormais sur le massif d’en face. Avec un certain stress néanmoins, je passe le col embrumé et m’engouffre dans les deux heures de descente vers Vizzavona. La dernière heure sera parcourue sans stress, mais sous une pluie intense, sur ces sentiers qui ravinent et charrient leurs litres d’eau boueuse, et plus de 12 heures de marche dans les jarrets.

Je me suis gagné le droit à un lit au chaud, et un repas au restaurant. Je retrouve par hasard mes deux compères alsaciens Thomas et Hervé qui achèvent leur GR20 ici. Quatre petits jours et puis s’en va, alors que leur objectif était de le parcourir intégralement, et en huit jours.

Pour ma part, les vacances continuent, pleines de montées harassantes, de descentes destructrices, de cailloux fuyants, de levers à cinq heures du matin, de soleil implacable et de stress né de l’inconnue météorologique. Mais aussi de paysages superbes, de marcheurs bigarrés, de vaches placides et de corses désagréables.

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